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Articles de la rubrique "un peu d'info"
Rasta quoi !!???
Publié par jay25 dans un peu d'info
Rastafari : les racines
Comme surgis d'un album de Corto Maltese, les mystérieux Rastafariens et leurs nattes hirsutes se répandent un peu plus chaque jour dans les rues du monde entier. Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Cette histoire de Rastafari, ça raconte quoi exactement ? Bob Marley répond: " Pour comprendre un minimum le reggae, qui diffuse très souvent des messages rastas, il faut carrément remonter aux Hébreux, aux pyramides d'Égypte." Et même avant. Car en Jamaïque, presque tout fait référence à la Bible. Le mouvement rastafarien est profondément révolutionnaire, car il refuse fondamentalement toute l'organisation de la société "païenne" de Babylone en commençant par réviser l'interprétation établie de la Bible. En faisant rimer "révélation" avec "révolution", Bob Marley chantait "il faut une révolution pour faire une solution" dans son manifeste Revolution de 1974 et "Rasta ne travaille pas pour la CIA" dans Rat Race la même année. Les Rastas puisent leur culture dans l'histoire d'Afrique, à commencer par celle, fascinante, de l'Éthiopie. Héritiers des Griots d'Afrique de l'ouest, les Jamaïcains chantent leurs réflexions sur la vie de tous les jours, mais aussi sur l'Histoire, qu'ils transmettent oralement. Spontanément, ils improvisent ou écrivent au premier degré des commentaires sociaux sur l'actualité, la société, l'histoire. Tel est le contenu du reggae. Ainsi les Rastas remettent en question l'interprétation occidentale, "coloniale" de la Bible. Ce qui est pour le moins subversif dans une société jamaïcaine où la religion chrétienne est partout. Marley le martelle tout au long de son œuvre, qui reste mal comprise tellement la revendication rasta est radicale : "Prêtre ne me dis pas À travers leur obsession pour la Bible, point central de la culture jamaïcaine, les Rastafariens veulent faire connaître l'histoire d'Afrique, incroyablement méconnue aujourd'hui encore. Ils révisent ainsi des millénaires d'histoire, et comptent bien que leur vision afrocentriste de la culture judéo-chrétienne toute entière soit entendue de tous. Une histoire fabuleuse.
Les Hébreux et l'Éthiopie Jadis, bien avant que Jésus-Christ ne fasse son apparition, les Hébreux étaient répandus dans toute la vallée du Nil, de la Méditerranée au nord de l'Abyssinie. Ils étaient très présents dans la société égyptienne antique, et particulièrement dans la région de Goschen à partir de 1900 avant JC environ. Gouverneur du pays kouchite (nord de l'Ethiopie) au service du pharaon, Moïse passe quarante ans en Afrique noire, ce qui éclaire d'une lumière historique les chansons rastafariennes qui clament unanimement que "Moïse était un dreadlock". Réduits entretemps en esclavage, les Hébreux en ont assez de l'oppression égyptienne. Et vers 1500 avant Jésus Christ, armés de la Tora (l'ancien testament) ils fuient l'Égypte. Le Talmud indique qu'ils ne sont "ni blancs ni noirs" mais sans doute entre les deux. La Bible raconte cet exil, un périple où Moïse les mène jusqu'à la terre promise d'Israël (Prince Far I, Moses Moses, 1978).
Les Aventuriers de l'Arche Perdue Le roi David conquit plus de quatre cents ans plus tard le mont Sion de Jérusalem. Mais sur la route de l'exil, en apparaissant sur le mont Sinaï, l'histoire raconte que Dieu confie à Moïse les dix commandements gravés dans la pierre. Moïse range les précieuses tables de la loi dans un coffre à brancards. On peut bien sûr lire dans la Bible que le troisième roi d'Israël, le sage Salomon, fait construire le Temple de Jérusalem (il n'en reste aujourd'hui que le mur des Lamentations) pour y placer le tabernacle, et y planque l'arche ultra-hyper-sacrée. La marque de la main de Dieu en personne, pensait-il. Bientôt, Makeda, la reine de Saba venue d'Abyssinie (ou du Yémen ?) a un enfant avec Salomon. Et après avoir fait ses études auprès de son père, leur fils Ménélik devient Ménélik Ier, roi d'Abyssinie. Quittons la Bible deux minutes pour jeter un œil sur le Kebra Nagast ("Gloire Des Rois"), un livre de littérature éthiopienne, aussi sacré qu'antique, qui retrace la saga de toute la dynastie salomonique. On apprend dans ce vénérable bouquin que l'héritier de Salomon, le prince Ménélik, aurait quitté Sion et qu'au passage il aurait carrément embarqué l'arche contenant les fameuses tables de la loi. Salomon aurait confié à Ménélik une réplique de l'arche pour qu'il l'emporte avec lui. Et ce dernier aurait échangé la réplique contre la vraie au dernier moment. Et ce bien sûr à l'insu des prêtres restés à Jérusalem. En arrivant en Ethiopie, Menelik fait du Dieu des Hébreux le Dieu officiel de l'Ethiopie : Saba. Il hébraïse le nord de l'Abyssinie entre 950 et 900 avant JC. C'est à cette époque qu'apparaîssent les Beta Israël, ces fameux Hébreux d'Ethiopie (la tribu de Dan ?) mieux connus sous le nom péjoratif de "Falashas" (appellation de "vagabonds" qu'ils récusent), les fameux Juifs noirs qui ont été sauvés de la famine dans les années 1980 en émigrant en catastrophe en Israël. Certains rois aussi étaient tout noirs. Comme par exemple Moutoueshat, un pharaon de la XXVème dynastie, venue d'Abyssinie entre 751 et 656 avant JC. C'est ainsi que la tradition éthiopienne considère que l'arche mythique est restée cachée depuis dans la région d'Axoum, au cœur des haut-plateaux éthiopiens, en Afrique noire. Le symbole de cent civilisations, que chante Cedric Myton dans Ark Of The Covenant, produit par Lee "Scratch" Perry pour l'album chef-d'œuvre "Heart Of The Congos" : "every morning the black sun rises C'est encore pour cette raison que Lee "Scratch" Perry a appelé en 1973 son mythique studio le Black Ark, "l'Arche Noire". La plupart des Rastas jamaïcains, rarement experts en géographie, situent la terre promise de Sion ("Zion") sans vraiment faire de différence entre Jérusalem et Axoum, au nord-est de l'Abyssinie où se trouverait l'arche. Mais ils font confiance à l'histoire officielle éthiopienne et beaucoup sont persuadés que la Bible a été censurée pour cacher le rôle des Noirs. Beaucoup estiment que Moïse, Jésus et plusieurs tribus hébraïques étaient noires africaines. Quant aux descendants de Salomon, Makéda de Saba, et de leur fils Ménélik Ier, leur dynastie a perduré plusieurs millénaires en Abyssinie, alimentée par ce mythe fondateur de l'arche qui consacre -et comment- leur droit divin. La Bible se réfère d'ailleurs à l'Afrique noire toute entière par le terme d'Ethiopie, un mot qui désigne aujourd'hui un pays englobant toute la région de l'Abyssinie, le pays kouchite de la Bible. Chris Blackwell, fondateur des disques Island et Trojan, est le Jamaïcain blanc qui a lancé le reggae dans le monde. Extraordinaire découvreur de talents, féroce homme d'affaires, en investissant sur Bob Marley, dont il fut longtemps le producteur, il est devenu milliardaire. Et c'est avec son accent d'aristocrate anglais qu'il explique ceci : - "La véritable question en ce qui concerne Haïlé Sélassié et la religion rasta est qu'en occident, pour toutes les religions, qu'elles soient catholique ou autre, quand tu entres dans une église et que tu vois un crucifix, l'homme qui est dessus est blanc. Donc, au fond, Dieu était blanc. Tous les Noirs qui sont arrivés au nouveau monde y sont venus en tant qu'esclaves, donc ils n'avaient aucune connaissance de l'histoire. Pour eux, tout était blanc. Je pense que l'importance de Haïlé Sélassié, c'est qu'il était un descendant direct de Salomon et de la reine de Saba. Pourtant les rares fois où tu les voyais c'était quand des Blancs comme Jean Simmons ou Victor Mature jouaient leur rôle dans un péplum à Hollywood ("L'Egyptien", de Michaël Curtis en 1953). Tout le monde croyait donc que Salomon et Saba étaient blancs. Je crois qu'aujourd'hui de plus en plus de gens réalisent que ces vedettes de la bible n'étaient pas des Blancs. Qu'ils étaient des gens de couleur. Je pense que ce genre de choses sont très importantes pour les Noirs qui vivent en Occident. Car on n'enseigne pas cette histoire-là à l'école. On y apprend jamais l'histoire de l'Afrique." - Quelle importance cette histoire a-t-elle pour les Européens, et pour toi, en tant que personnage-clé blanc dans cette révélation rasta ? - "Je pense que c'est très important parce que c'est quelque chose qui je pense aide les Blancs en Occident à apprécier l'histoire du peuple noir au lieu de ne pas reconnaître qu'il a une histoire, au lieu de... ne même pas penser qu'il a une histoire. Au lieu de penser que l'Afrique n'est qu'une jungle qui a donné ces peuples. C'est vraiment très important. Et donc plus on va en parler mieux c'est, parce qu'on n'en parle pas beaucoup au grand public. Les gens ne connaissent encore aujourd'hui qu'une partie infime de l'histoire des Noirs."
La dynastie du roi Salomon Encore dans la Bible, on trouve (2 Chroniques 14) les traces d'une invasion kouchite (abyssinienne) en Palestine cinquante ans après le règne de Salomon. Selon le voeu des Nazaréens (Nombres 6-5), les Juifs de la région laissaient pousser leurs cheveux (le "Tu ne passeras pas de lame sur les coins de ton visage" qui fait porter des papillottes aux Juifs orthodoxes), un signe d'appartenance à cette secte en quelque sorte. En poussant, les cheveux crépus s'emmêlent et forment naturellement des mèches ("locks"), des nœuds ("knot"). C'est pour suivre le vœu des Nazaréens que près de deux millénaires plus tard les Rastas se laissent pousser les cheveux, où se forment leurs nattes, qui "font peur" ("dread" = épouvante), les "dreadlocks" caractéristiques. C'est ce que racontera par exemple Dillinger (prononcer Dillin'JAH !) vers 1976 dans son King Paraoh Was a Bald Head. Il y chante que "Jésus et Moïse portaient des dreadlocks", tout comme "Samson, qui y puisait sa force" divine. Les cruels pharaons, eux, se coupaient bien sûr les cheveux. Ils étaient donc des "bald heads" (chauves) que chantait Marley dans son Crazy Bald Head : "On va chasser ces fous chauves hors de la ville". Ces chauves étaient donc des païens ("heathen"), d'où "Heathen", titre du morceau de Marley : "les païens ont le dos au mur Quelques siècles après la mort de Jésus-Christ, certains voient en Jésus l'incarnation de Dieu sur terre et, en pleine décadence de l'empire romain, la religion chrétienne se répand comme une trainée de poudre. La propagation de la religion chrétienne en Éthiopie remonte sans doute à l'an 330, où deux jeunes chrétiens de Tyr naufragés en mer Rouge, Frumentius et Ædisius, sont capturés et vendus au roi d'Abyssinie. En fin de compte, Frumentius deviendra tuteur du prince, qui adopte la religion chrétienne. C'est sans doute comme ça que l'Abyssinie devient la première nation officiellement chrétienne du monde, avant Rome (l'empereur Constantin en 337). Le successeur décide d'ailleurs illico de persécuter ces maudits Juifs, puisqu'ils ne veulent pas (et ne voudront jamais) admettre que Jésus était le messie, c'est à dire Dieu sous des traits humains, préférant de Dieu une vision infinie et sans image. L'orthodoxie chrétienne d'Éthiopie, à ne pas confondre avec l'orthodoxie russe/grecque apparue au IXème siècle, reste intacte à travers les siècles. Le peuple copte la répand en Égypte et en Abyssinie, où le roi était considéré comme étant le troisième élément de la Trinité, l'incarnation vivante de Jésus Christ sur terre en quelque sorte. Les monophysites d'Abyssiniens n'avaient pas que des amis, et les schismes ont été bon train à cette époque. Les macédonianistes, par exemple, niaient carrément la divinité du St-Esprit (ça leur a coûté cher) et les Nestoriens, eux, considéraient que la nature humaine et la nature divine, c'était pas du tout la même chose (Jésus est le messie mais pas Dieu). Les Chrétiens étaient cependant tous d'accord sur une chose : il fallait réduire les Juifs blasphématoires au silence. Par la suite, avec l'expansion de l'islam au moyen-âge l'Abyssinie a été cernée par des hordes d'Arabes en guerre sainte, mais malgré des tas de batailles elle est restée chrétienne envers et contre tout. Au douzième siècle, la dynastie Zagwé locale a quand même pris le pouvoir pendant environ un siècle et demi. Mais avec l'aide du "Kébra Nagast" , le fameux livre sacré de la dynastie de Salomon, les Salomonides ont été restaurés vers 1270. L'esclavage L'Afrique toute entière, et les rivages de la mer Rouge en particulier, ont longtemps été le théâtre d'un esclavage institutionnalisé qui ne fait toujours pas mine de disparaître. L'Abyssinie n'a pas échappé à la règle. La société féodale du coin a puisé ses serfs dans les réserves humaines des vallées primitives à l'ouest du pays pendant des siècles. Mais au XVIème siècle, les Européens ont commencé à intensifier leurs achats d'esclaves. Ils se fournissaient surtout à l'ouest du continent, auprès des tribus esclavagistes des côtes. La traite des Noirs s'est développée du Sénégal à l'Angola actuels, et particulièrement sur les rivages qui portent le doux nom de Côte des Esclaves, au Nigéria, au Bénin, au Togo et au Ghana actuels, où la savane domine. Des membres des tribus Ewe, Fon, Ibo, Akan, Ga-Adangmé, Yoruba, Ashanti, "Kromanti" notamment ont ainsi été déportés par millions. Ils ont été mélangés à des Bantous venus du Congo et d'Angola et à des déportés originaires des forêts qui s'étendent à l'est de la Guinée et du Cameroun jusqu'au cœur de l'Afrique équatoriale. La seule résistance possible était la sauvegarde individuelle de leurs cultures désormais prohibées. La Jamaïque était un des principaux marchés aux esclaves du nouveau monde. Les lucratives plantations de canne à sucre nécessitaient beaucoup de main d'œuvre, et bientôt les négriers blancs ont eux-mêmes organisé d'ignobles raffles et chasses à l'homme en Afrique de l'ouest. Ce tragique épisode, le plus souvent refoulé par les Antillais du vingtième siècle qui préfèrent oublier, sera rappelé avec force par des Rastas comme Peter Tosh , Bob Marley ou Burning Spear (Slavery Days, 1975). Les tambours et les langues africaines étaient interdits en Amérique, comme tout ce qui pouvait inciter à l'unité et à la révolte des prisonniers. Les seules musiques autorisées étaient d'origine française, espagnole, et naturellement avant tout britannique et irlandaise dans la colonie anglaise de Jamaïque. Outre sa chrétienté historique si unique, l'Éthiopie est le seul pays d'Afrique noire à posséder une langue écrite, l'amharique, qui est dérivé du ghèze liturgique traditionnel. La culture d'Afrique de l'ouest est donc exclusivement orale, et le désarroi des travailleurs forcés était total. Mais leur déracinement absolu n'a pas empêché, comme en Guyane, à Haïti ou en Louisiane, que les rythmes au cœur de l'identité des tribus, des villages, ne se transmettent à l'insu des maîtres. Véritables cartes d'identité, ces rythmes étaient souvent à la base des chants des griots, des initiés, des conteurs chargés de transmettre l'histoire, la langue, les légendes et les anecdotes sur lesquelles se greffaient souvent des mélodies. Certains des traits les plus marquants des cultures africaines, comme les chants avec appel et réponse des chœurs (ou du public) ou la participation active du public ont ainsi tant bien que mal traversé les siècles aux Antilles. Et à force d'être opprimés, les Noirs ont aussi développé des langues à double sens que ne comprenaient pas les maîtres redoutés.
JAH RASTAFARI
Descendant, de la reine de Saba et du roi Salomon, dont il est le deux cent vingt-cinquième successeur, l’empereur d’Éthiopie Hailé Sélassié Ier (ou Haïla Sellassié) est à la tête de la plus ancienne dynastie du monde. Son titre complet est négus («roi des rois»), lion de Juda, défenseur de la foi chrétienne, force de la Trinité, élu de Dieu. Fils du Ras Makonnen, il a reçu pour nom à sa naissance celui de Ras Tafarí Makonnen (Tafarí : Celui qui est redouté) ; il est, en outre, le neveu de l’empereur Ménélik II, qui, au cours de son règne, commencé en 1889 et achevé à sa mort en 1913, accomplit les premiers pas vers la création d’un État unifié et moderne. Très tôt, le futur empereur s’initie aux responsabilités du pouvoir. Il a treize ans, en 1905, lorsque son oncle lui confie le gouvernement de la province du Gura Muleta. Sa volonté de fer, sa passion pour l’étude (il a été élève des missionnaires français) l’aident à surmonter les difficultés que lui suscite son cousin Lij Yassou ; celui-ci, héritier présomptif, complote avec l’Allemagne contre le pouvoir central. Mais il est bientôt écarté : en septembre 1916, c’est le ras Tafarí qui devient prince héritier. Il aide l’impératrice Zaouditou, sa tante, à administrer le pays (qu’on appelait alors plutôt l’Abyssinie). Considérant que «l’Éthiopie a reçu l’évangile du Christ en même temps que les nations d’Occident», le prince héritier plaide à Genève, en 1923, la cause de son pays. Il y déclare que, «si les hasards de la géographie et de l’histoire l’ont isolé du monde occidental pendant des siècles, il est cependant sensible à ses valeurs et entend remplir les mêmes devoirs à l’égard de la communauté internationale». Il obtient ainsi l’admission de l’Éthiopie à la Société des Nations et décide d’y abolir l’esclavage.
Si sa photographie et son nom sont partout dans le pays, si, même aux yeux de ses adversaires, il a conservé un grand prestige, l’empereur doit lutter contre l’aristocratie et le clergé pour leur faire accepter des innovations qui répugnent à leurs habitudes. Il réussit, certes, à centraliser entre ses mains le pouvoir, mais les propriétaires fonciers (dont il est matériellement solidaire) et l’Église restent les principaux obstacles aux initiatives de réforme qu’à son grand âge il pourrait encore décider. L’unité éthiopienne se trouve menacée par le Front de libération de l’Érythrée, qui dispute depuis 1961 la souveraineté à l’empereur. Celui-ci n’est certes pas prêt de renoncer à cette province du littoral, seule porte dont l’Éthiopie dispose pour ses échanges avec le monde extérieur. En dépit de toutes ces difficultés, Hailé Sélassié, dont le prestige international reste grand, s’est estimé capable, bien qu’octogénaire, de tenir encore longtemps la barre de son pays. En septembre 1974, l’empereur est destitué par des soldats et des sous-officiers. Il est assassiné par les rebelles le 27 août 1975.
Le Rastafarisme
La Jamaïque fut colonisée par l’Espagne au début du XVe siècle, puis, après le déclin rapide de la population indienne, des esclaves d’origine africaine furent massivement importés. En 1655, les Britanniques dépossédèrent les Espagnols de la Jamaïque qui y laissèrent leurs esclaves. Ceux-ci furent appelés "Marroons". Le terme "Marroon" prit la signification de "fier et sauvage" au fil du temps. Ainsi, les "Marroons" se dressèrent contre la domination britannique et menèrent une lutte acharnée. La lutte des "Marroons" ne doit pas être assimilée à une simple révolte d’esclaves. Sa durée dénote une volonté profonde de ne pas se plier à l’esclavage lié à la forte cohésion ethnique des rebelles. Les leaders venaient en effet d’une même tribu ghanéenne et le mouvement tenait donc à affirmer son identité africaine et son indépendance. Des formes de rébellion apparaissent et caractérisent la volonté de revendiquer une plus grande liberté à l’image de la "Sam Sharpe Rebellion" en 1831. Cette révolte menée par l’esclave Samuel Sharpe s’inscrit dans un contexte critique pour la population noire. En effet, ceux-ci commençaient à se rendre compte de leur situation socio-économique : les esclaves haïtiens étaient libres depuis 1815. Sam Sharpe était parmi les plus instruits et possédait une puissante influence charismatique. C’est en 1831 qu’il décide de prendre le commandement d’une grande rébellion qui devait conduire à l’abolition de l’esclavage. La rébellion débuta à la fin du mois de décembre à Montego Bay, une baie située au Nord-Ouest de la Jamaïque. Elle s’étendit rapidement à tout l’ouest du territoire et poussa les colons à la fuite. Au début de 1832, la loi martiale fut déclarée et des renforts de troupe envoyés. La révolte fut alors écrasée en quelques mois et Sam Sharpe exécuté à la fin du mois de mai. Ce combat conduisit tout de même à l’abolition de l’esclavage en 1834. Mais en 1865 un nouveau vent de révolte souffle sur la Jamaïque c’est la "Morant Bay Rebellion". Cette rébellion se caractérise par des causes directement liées à la révolte des "Marroons" dont la majorité étaient devenue planteurs après la fin de leur rébellion. Elle trouve d’autres fondements dans la situation des anciens esclaves, eux aussi en grande partie devenus agriculteurs. Or les inégalités subsistaient bien qu’ils fussent apparemment libres : mauvaise répartition des revenus, racisme envers les planteurs noirs. La rébellion prend forme et à l’automne 1865 elle explose à Morant Bay, au sud-ouest de l’île sous la direction de Paul Bogle. Mais le scénario de la "Sam Sharpe Rebellion" se répète : plusieurs centaines de paysans occupent des terres mais la révolte est rapidement matée et Paul Bogle pendu. C’est à travers des révoltes comme celles de "Sam Sharpe" ou de "Morant Bay" que s’est forgée la tradition de résistance à l’autorité du peuple jamaïcain que l’on retrouve dans le rastafarisme. La religion venue des Etats-Unis à travers des églises baptistes qui se sont implantées autour du milieu du XIXe siècle, ainsi le "Great Revival" a rapidement intériorisé les formes de religions d’origine africaine et est ainsi devenu un culte syncrétique (fusion de plusieurs doctrines) mélangeant christianisme et diverses autres pratiques. Le déclencheur de l’érection de l’Ethiopie en "Terre promise" est l’homme politique d’origine jamaïcaine Marcus Garvey qui dans un discours prononcé en 1916 avant son départ pour les Etats-Unis, prophétise l’accession au trône de Haïlé Sélassié Ier en évoquant le psaume 68 : « Des grands viennent d'Egypte et d'Ethiopie les mains tendues vers Dieu. Royaumes de la terre, chantez 0 Dieu, Célébrez le Seigneur! - Pause. Chantez à celui qui s'avance dans les cieux, les cieux éternels ! Voici, il fait entendre sa voix, sa voix puissante. Rendez gloire à Dieu ! Sa majesté est sur Israël, et sa force dans les cieux. De ton sanctuaire, ô Dieu! tu es redoutable. Le Dieu d'Israël donne à son peuple la force et la puissance. Béni soit Dieu ! » Haïlé Sélassié, Roi des Rois, Seigneur des Seigneurs, descendant du Roi David et donc de Dieu est ainsi annoncé en 1916 par Marcus Garvey. Haïlé Sélassié est proclamé négus en octobre 1928. Un autre fragment du discours de Garvey en 1916 le laisse aussi entrevoir : "Cherchez en Afrique le couronnement d’un roi noir, il pourrait être le Rédempteur."
Dans les années 30, le rastafarisme était encore peu connu mais le rôle de Marcus Garvey dans l’émancipation des Noirs d’Amérique a été majeur.
Mais si certains rastafaris arborent des nattes (appelées dreadlocks) impressionnantes, il n’est pas rare de voir des rastafaris rasés. En outre, la Bible précise que cette coutume n’est obligatoire qu’en cas de deuil. Une autre justification de ces nattes est la volonté d’imiter les guerriers éthiopiens des siècles passés qui se caractérisaient La sacralisation de l’Herbe est un point important de l’idéologie rastafari. La Ganja n’est utilisée que dans la pratique religieuse. On en trouve une justification biblique dans La Genèse : 3:18: "you shall eat the herb of the field" , mais aussi dans les Psaumes: 104:14: "C’est toi qui fait pousser l’herbe pour le bétail, et les plantes que les hommes cultivent ". Ou encore les Psaumes, 18:9 : "Une fumée montait de ses narines […]" Apocalypse, 22:2 : "[…] Ses feuilles [de l’arbre de la vie] servent à la guérison des nations." La visite de Haïlé Sélassié en 1966 est décisive dans le changement de cap de l’idéologie rastafari. En effet, les principes du rapatriement et du rejet de la Babylone jamaïcaine y restaient ancrés. Bien qu’elles ne fussent plus au premier plan dans les années 1960, des tentatives de rapatriement avaient été tentées jusqu’à la fin des années 1950. La visite de l’empereur d’Ethiopie en avril 1966 se solda par une dernière tentative de rapatriement. Mais ce n’était plus qu’un combat d’arrière-garde.
Bien ou mal !??
Publié par jay25 dans un peu d'info
...Cannabis...
Bien ou mal !??
Cannabis Sativa est une plante légendaire et mythique. Pourtant aucun livre d'histoire ne la raconte. du monde végétal, son double visage est un cas unique. Il y a le chanvre, la plante textile légale et il y a le cannabis, la plante psychotrope. Il s'agit en fait d'une seule et même espèce : Cannabis Sativa, dont voici l'histoire. Le Cannabis Sativa est une des plantes les plus anciennement cultivée par l'homme. Le travail du chanvre était déjà développé en Chine 10'000 ans avant J.-C.. On a d'abord récolté les graines pour se nourrir, puis on a découvert qu'en brisant la tige on pouvait en retirer des fibres pour faire du papier, des filets de pêches ou même du textile. Les habitants de la Chine Ancienne appelaient leur pays, le pays du chanvre et du mûrier. Les feuilles de mûrier étaient utilisées pour l'élevage des vers à soie producteurs du précieux textile que seuls les riches et les puissants pouvaient s'offrir. Les autres portaient les vêtements de chanvre. Chanvre se dit «Mâ» en chinois, ce qui signifie littéralement «plante à deux sexes», à la fois mâle et femelle. Le chanvre fut aussi la première plante à être cultivée pour la fabrication des armes de guerre. Les Chinois ont d'abord utilisés des bambous pour les arcs, avant de découvrir que la fibre de chanvre était plus résistante. Dès lors, les empereurs firent affecter une partie des terres pour la culture exclusive du chanvre. Arme de guerre, le chanvre servait également à la culture. Selon une légende ancienne, l'invention du papier chanvre serait due à Tsai Lung eunuque de la cour impériale. Pour attirer l'attention de l'empereur sur son invention, Tsai Lung se fit passer pour mort, il ordonna que du papier de chanvre soit brûlé autour de son cercueil, puis organisa sa propre résurrection et l'attribua au pouvoir de son invention. Depuis, les Chinois brûlent du papier de chanvre lors de leurs funérailles. La légende est également à l'origine du «Woo Foo», les cinq niveaux de deuil, un code qui impose aux parents d'un défunt le port d'un vêtement de chanvre différent en fonction de leur lien avec lui. Pendant longtemps, les Chinois ont jalousement gardé le secret de la fabrication du papier de chanvre. Il faut attendre le Ve siècle de notre ère pour que ce savoir soit d'abord transmis au Japon, avant de s'étendre au Moyen-Orient et apparaître finalement en Europe au XIIIe siècle. L'utilisation de la plante remonte au XXVIIIe siècle avant J.-C., lorsque l'empereur Chen Lung fonda la médecine chinoise. On soignait alors les blessures de guerre en appliquant les feuilles de cannabis directement sur la plaie. Aujourd'hui encore, dans le monde entier, des médecins plaident en faveur de l'utilisation des fleurs de cannabis comme traitement contre la douleur, notamment pour les patients atteints du cancer et du sida. Le cannabis fut également cultivé sur les marches du continent Indien, Kazakhstan, Pakistan, Népal, Cachemire d'aujourd'hui. Les fermiers indiens utilisaient la technique du ruissage, pour le transformer en farine, bouillie ou même «pop corn». Les graines servaient aussi de nourriture et fournissaient une huile à faible teneur en acide gras. Au IIIe siècle après J.-C., l'empereur romain Gallien recommande l'usage du cannabis qui, assure-t-il, entraîne bonheur et hilarité. Dans une société en pleine décomposition, les romains se tournent vers des dieux venus d'Orient. Mitra et Zaratustra dont les zélateurs (adorateurs) se combattent férocement. Pour les Romains, le chanvre était vraiment le nerf de la guerre. Ceci nous offre une parfaite illustration de l'importance stratégique du chanvre dans toutes les sociétés à travers l'histoire. Les Romains possédaient des réserves de chanvres des deux côtés des Alpes. Ils en avaient une à Ravenne et une à Vienne. Le fournisseur de chanvre occupait une place très importante dans la hiérarchie. Ils l'utilisaient également sous toutes ses formes: vêtements, abris, nourriture et médecine. Plus tard, les chrétiens diabolisent le cannabis et lient son usage aux rites sataniques. Il faut attendre le IXe siècle et Charlemagne pour voir à nouveau encouragée la culture de chanvre. Dans les monastères, les moines copistes travaillent sur du papier de chanvre à la lumière de lampes à huile... de chanvre. 1455, c'est sur du papier chanvre que Guttemberg imprime sa première bible. En 1484, le pape Innocent VIII déclare sacrilège la consommation de cannabis. Au XVIe siècle, en France, François Rabelais médecin et écrivain évoque de manière détournée le cannabis dans son célèbre ouvrage Faits et dits héroïques du grand Pantagruel. Un éminent historien français, Pierre Goubert était convaincu que la prospérité croissante à la fin du XVIe siècle et au XVIIe dans l'ouest de la France était due principalement aux syndicats des industriels du chanvre et du lin. Il faut se souvenir qu' à la fin du XVe siècle, l'Espagne dominait les Indes. D'après Goubert, c'est grâce à la création de ces syndicats et aux échanges commerciaux avec l'Espagne qu'on a pu constater à cette époque en France une croissance des richesses de la population. Christophe Colomb découvrit l'Amérique en 1492 et y introduit le chanvre par la même occasion. Parmi les cadeaux qu'il offre aux Indiens, on y trouve des graines et des vêtements de chanvre. Le chanvre sert à la fabrication des voiles et cordages. Grâce à lui, la France, l'Angleterre, l'Espagne et le Portugal développent leurs puissances maritimes. En 1620, le May Flowers transporte les colons anglais qui vont conquérir l'Amérique; dans sa cale il emporte également des graines de chanvre. Cent ans plus tard, c'est sur du papier chanvre que sont écrites les ébauches de la Constitution américaine, c'est également le cas de la Déclaration d'indépendance en 1776. Les graines furent également introduites en Amérique par les esclaves. Pendant des siècles, le chanvre reste une matière stratégique pour l'Angleterre. Au début du XIXe siècle, il compose toujours l'essentiel des voiles et cordages des navires. Il est importé à 90% d'Italie et de Russie. Avec les guerres de conquêtes napoléoniennes, le royaume britannique craint pour ses approvisionnements. Le roi d'Angleterre Georges III développe la culture de chanvre et construit des manufactures dans les ports de la côte sud du pays. En 1803, la marine anglaise organise un blocus contre la France. En réaction, Napoléon signe un accord avec le Tsar Alexandre 1er. Le traité de Tilsit interdit notamment les exportations de chanvre russe à destination de l'Angleterre. Malgré les protestations de Napoléon, Alexandre 1er laisse passer le chanvre en contrebande pour l'Angleterre, c'est l'un des éléments qui pousse Napoléon à envahir la Russie. Dans l'Europe du XIXe siècle, la mode est au cannabis, l'Orient et ses mystères provoquent les passions les plus folles. La vogue orientale influe sur les règles vestimentaires, la destination des voyages ou la décoration des intérieurs. Pour se conformer au goût du jour, on fume, selon la méthode ancestrale, la pipe à eau, également appelée «Mouga». A Paris, l'hôtel Pimaudent abritait le célèbre club des Haschichins. Artistes et écrivains venaient y déguster la fameuse confiture du docteur Joseph Moreau de Tours. Parmi les plus célèbres on compte: Théophile Gaultier, Eugène Delacroix, Charles Baudelaire, Alexandre Dumas et Gérard de Nerval. La reine d'Angleterre Victoria était également une adepte de la confiture de Haschich, comme de nombreuses femmes de sa génération, elle en consommait pour calmer ses règles douloureuses. A Amsterdam le cannabis importé d'Afrique du sud depuis 1660 se fumait dans les coffee shop, une tradition qui se perpétue aujourd'hui. A la fin du XIXe siècle, les émigrants indiens introduisent le cannabis au Mexique où il prend le nom de marijuana et devient le symbole de la révolution de Pancho Villa avec la chanson «la Cucaracca». De leur côté, les fermiers mexicains reprennent à leur compte la méthode indienne du ruissage pour apprêter les fibres. Ils fabriquent toutes sortes de produits, des chapeaux aux sacs, en passant par les tapis. Du Mexique, la marijuana voyage jusqu'au sud des Etats-Unis. Les esclaves des plantations de cotons la consomme pour tenter d'adoucir leur condition. Puis c'est au tour des bidonvilles de Louiseville - Dixieland et le swing - de découvrir la fièvre de la marijuana, elle y est connue sous le nom de «reefer». En quelques années, les chansons sur l'herbe font fureur et les clubs de musique fleurissent partout où la communauté noire immigrée s'est établie. La fièvre de la marijuana associée à un nouveau développement de l'industrie du chanvre et à une prise de conscience des dangers de l'alcool, commence à faire parler d'elle dans les coulisses du pouvoir. L'alcool commence à être reconnu comme un danger pour la société. Les femmes américaines forment un groupe de pression et réclament l'interdiction de la vente d'alcool. Viennent les années de la Prohibition et leur cortège de violence. L'alcool est à nouveau légal en 1933. La Chine, le pays du chanvre, fait partie du plan de conquête militaire du Japon. L'invasion de la Chine et des Philippines, deux pays gros producteurs de chanvre provoque le début d'un rationnement. De son côté Hitler, comme d'autres chefs de guerre avant lui, prend conscience de l'importance stratégique du chanvre, qui sert à la fabrication de nombreux textiles indispensables en temps de guerre. Lorsque les troupes allemandes envahissent la Russie en 1941, elles coupent l'accès du chanvre russe. L'Allemagne parvient à poursuivre sa production de chanvre, mais l'Angleterre est privée d'une fibre nécessaire à son effort de guerre. En 1942, les troupes allemandes atteignent le coeur de la Russie. Pour protéger son approvisionnement, l'Angleterre demande à l'Inde d'accroître sa production de chanvre. Pendant ce temps, la guerre gagne du terrain au Japon. Lorsque les Japonais bombardent Pearl Harbour et obligent ainsi les américains à entrer en guerre, ceux-ci s'aperçoivent qu'ils n'ont plus accès à leur source d'approvisionnement en chanvre. Or, les forces armées dépendent complètement du chanvre, pour les cordages, câbles et ficelles ainsi que pour les chaussures, bottes et autres équipements divers. Le gouvernement américain décide de former une industrie de guerre pour le chanvre. Les Etats-Unis relégalisent la marijuana et distribuent des graines à ses fermiers. Un film de propagande est même réalisé pour encourager cet effort de guerre: Hemp for victory : du chanvre pour la victoire Les forces aériennes alliées dépendent complètement du chanvre, les sangles des parachutes, tout comme les sacs à dos et les ceintures sont faits de chanvre. Une fois les Japonais chassés des Philippines par le général McArthur, la production de chanvre retrouve son niveau d'avant-guerre. Après les années de guerre un nouveau monde apparaît, l'Inde obtient son indépendance. Grâce à la mécanisation, le pays double sa production et peut développer ses exportations vers les Etats-Unis et le reste du monde. Les Etats-Unis interdisent à nouveau la culture du chanvre, mais en importent des millions de tonnes pendant le boum économique de l'après-guerre pour approvisionner leurs industries. Dans la France de l'après-guerre, la culture et le travail du chanvre connaissent également une véritable révolution industrielle. Dans les années 60, la génération des Hippies lance un mouvement mondial en faveur de la légalisation du cannabis. Sa consommation est encouragée par les vedettes du rock anglais et américain, les Beatles, John Lennon en tête, choquent l'Angleterre bien-pensante avec leur message ouvertement pro-cannabique. Lorsque Mick Jagger et Brian Jones sont arrêtés en possession de cannabis, les Rolling Stones sortent la chanson «We love you», une réponse en pied de nez aux représentants de la loi. L'intérêt des Rolling Stones pour la culture marocaine fait des émules, ils créent ainsi une alternative à la mode de l'Inde et des Beatles. Désormais, c'est vers le Maroc que les Hippies prennent la route. Dans les années '70, en Jamaïque, les rastas fument le cannabis qu'ils appellent «ganja», la nourriture de l'esprit. Toujours dans les années '70, le cannabis est dépénalisé à Amsterdam. Ben Dronckers devient ainsi le premier producteur légal de marijuana millionnaire. Le renouveau du chanvre attire l'attention du magazine High Times, la bible américaine du cannabis, qui envoie Elrose Hunter journaliste intrépide visiter l'Europe pour ramener des photos. Ed vient de publier son ouvrage Hemp today, le chanvre aujourd'hui. En 1992, les médias britanniques font leurs gros titres sur la première récolte légale de chanvre depuis 70 ans en Angleterre. La police anglaise a cessé d'arrêter les petits consommateurs, Londres devient le nouvel Amsterdam et les groupes de pop anglais reviennent en force dans les hit-parades avec des chansons sur la marijuana. La prise de conscience écologique qui a suivi cette mode du cannabis, est à l'origine de l'apparition en Europe d'un marché de vêtements et de produits de toutes sortes. Lors du premier festival écologique international de Francfort en mars 1995, les écologistes tentent de promouvoir, avec plus ou moins de succès, la culture du chanvre. Aux abords de la conférence, une exposition commerciale vente les bienfaits du chanvre et du cannabis. En Allemagne, depuis la dépénalisation du cannabis en mars 1995, le chanvre est en train de devenir une culture à la mode dans le petit monde des producteurs écologiques. Les graines et l'huile de chanvre sont de plus en plus utilisées dans les préparations culinaires. En Suisse, le best seller de la cuisine du chanvre offre 22 recettes nutritives à base de chanvre. En France, on construit des maisons avec du chanvre aggloméré, des constructions, que leurs promoteurs assurent à l'épreuve du feu et de la décomposition. Le matériau supporterait l'usure du temps et ne perdrait aucune de ses propriétés naturelles. Malgré cette criminalisation de la consommation, le chanvre n'a jamais complètement perdu ses adeptes en Suisse. Dans les années 60, certains milieux n'ont pas hésité - comme en Allemagne et en Hollande à s'afficher un joint à la bouche, en s'inspirant de l'exemple américain et, en partie, extrême-oriental. Dans le cadre du mouvement hippie, le cannabis a symbolisé, pour bon nombre de jeunes, le refus de la société adulte et de son mode de vie. C'est ainsi que l'on a vu naître une «culture chanvre» dotée de son jargon, de ses rituels et de son infrastructure propres, culture dans laquelle la consommation de haschisch et de marijuana jouait un rôle primordial. Avec le déclin des mouvements de protestation lancés par les jeunes, avec l'individualisation de la consommation et la progression des drogues dures (héroïne) sur le marché dans les années 80, les consommateurs de drogues se sont fait plus discrets, et le cannabis s'en est retourné dans l'ombre... Récemment, toutefois, des adeptes du chanvre se sont organisés pour essayer de faire revivre tant le passé agraire de la plante que la culture hédoniste du cannabis des années 60. C'est ainsi que l'on a assisté à des essais de culture de chanvre industriel dans des régions de montagne, à la distribution de produits du chanvre par le biais de coopératives agricoles et de magasins avec vente au détail de haschisch et de marijuana. Nous avons aussi vu naître un véritable lobby politique visant à légaliser la culture, le commerce et la consommation des produits cannabiques.
La plante... Le chanvre est une grande plante herbacée annuelle qui mesure de un à trois mètres de haut. Le chanvre appartient à la famille des Cannabacées (Cannabinacées) qui outre le genre Cannabis ne comporte que le houblon (genre Humulus). La plante présente des tiges dressées et des feuilles alternes, palmées, comportant de 3 à 9 folioles dentés. Les fleurs sont petites, de couleur verte. Les fleurs mâles forment des bouquets ramifiés alors que les fleurs femelles forment des épis. Les fruits secs, des akènes comportant une seule graine, sont enrobés dans une bractée florale persistante. C’est une plante résineuse, la résine étant sécrétée par des poils glandulaires particulièrement nombreux au niveau des sommités fleuries. La teneur en résine sécrétée par les poils spécialisés situés au niveau des sommités florales est très variable selon l'origine géographique de la plante et les pratiques culturales. Aussi, la teneur en THC de la plante varie-t-elle de 1 à 10 %. Chaque poil sécréteur se termine par une tête globuleuse où s'accumule la résine et qui se détache aisément de son support.
Des formes diverses : Marijuana, haschich, huile... On connaît plus de 350 noms pour le chanvre dans le monde (dagga, ganja, kif, marijuana, takrouri, yamba…) sans compter le vocabulaire récent inventé par les utilisateurs contemporains. Dans le passé, diverses préparations traditionnelles contenant du cannabis étaient destinées à être mangées comme le bhang (boisson préparée à partir de la plante consommée dans le sous continent indien) et le dawamesk (pâtisserie à base de haschich consommée en Turquie et au Moyen-Orient), rendu célèbre au dix-neuvième siècle par les membres du club des haschichins qui consommaient le haschich sous cette forme principalement. Mais le plus souvent le cannabis était fumé et c'est de cette façon qu'il est majoritairement consommé aujourd'hui encore selon des méthodes qui varient avec les cultures. Pour exploiter leurs propriétés psychotropes, les sommités fleuries des plants de chanvre sont préparées traditionnellement de deux façons différentes selon les régions. consommation dépendent des coutumes locales. On peut également récolter la résine sécrétée par les poils glandulaires pour préparer le haschich. Plus récemment a été mise au point une technique utilisant des solvants qui permet d’isoler une huile de cannabis dont le contenu en principes actifs est beaucoup plus élevé.
Haschich... Il existe deux méthodes traditionnelles de préparation artisanale du hachisch tandis que le hachisch destiné à l’exportation est préparé industriellement. Dans la production industrielle, le pressage est réalisé avec des presses mécaniques. La poudre est enfermée dans des sacs de cellophane ou de tissu comme au Maroc ou au Pakistan et les sacs sont empilés sous une presse. Les plaques obtenues dont la masse va de deux cents grammes à un demi kilo reçoivent souvent une marque de fabrique imprimée en creux, directement sur la résine. En France, ces plaques ont reçu le nom de savonnettes. Bien souvent, la concentration en poils sécréteurs étant insuffisante, il est ajouté à la poudre diverses substances comme des corps gras permettant de lui donner un liant suffisant pour permettre le pressage.
Composition... On a identifié dans la résine de chanvre 426 composés chimiques différents dont une soixantaine de substances liposolubles dérivées du terpène, les cannabinoïdes. Contrairement aux substances psychotropes extraites des autres plantes, il ne s’agit pas d’alcaloïdes car les cannabinoïdes ne sont pas alcalins et ne contiennent pas d’azote. Il s’agit d’une famille particulière de composés chimiques à laquelle appartiennent aussi de nombreuses substances non psychotropes produites par diverses essences végétales. Parmi les cannabinoïdes du chanvre, deux seulement sont psychoactifs, le delta 9- tétrahydrocannabinol ou THC, présent dans toutes les variétés, et la tétrahydrocanabivérine présente semble-t-il seulement dans quelques variétés. Le chanvre sauvage contient de 1 à 7 % de THC, mais les cultivateurs hollandais et californiens produisent couramment des variétés obtenues par hybridation et sélection qui en contiennent jusqu'à plus de 10 % (skunk, sinsemilla). Le haschich contient de 5 à 40 % de THC.
L’Antiquité... Le chanvre est, avec le pavot, la plante la plus anciennement consommée par l'homme pour ses propriétés psychotropes. Il est originaire du versant indien ou chinois de l’Himalaya, et il est connu en Chine depuis au moins 6 000 ans. Ses fibres et ses graines étaient largement exploitées de même que ses propriétés psychotropes. Il faisait partie en Inde des cinq plantes magiques utilisées dans les rituels religieux et entrait sans doute dans la composition du soma. La ganja et le bhang continuent d’être utilisés chez les Hindous à des fins rituelles, notamment dans certains temples. Son usage s’est répandu très tôt dans le monde entier. Il était connu des Assyriens et des Scythes il y a trois mille ans. Ces derniers l’utilisaient en fumigations : ils jetaient la plante ou la résine sur des pierres chauffées après avoir étanchéifié le local et inhalaient la fumée. En Égypte on l’utilisait d’une manière comparable. La médecine grecque le reconnut comme hallucinogène. Massilia, l’actuelle Marseille, exportait dès le septième siècle avant notre ère des cordages de chanvre et la découverte de nombreuses pipes sur le site suggère son utilisation comme psychotrope à cette époque où le tabac était inconnu en Europe. Le nom de Cannebière qui a la même racine que cannabis rappelle l'importance de cette plante dans l’économie locale.
L’Europe... En Europe, son usage en tant que psychotrope est resté méconnu jusqu'au dix septième siècle sauf par Paracelse et Rabelais (qui décrivit au seizième siècle le « pantagruélion » dont les caractéristiques suggèrent qu’il s’agit du chanvre) alors que ses fibres étaient d'une importance stratégique (cordages).
L’Amérique... En Amérique, si le chanvre était cultivé pour ses fibres dès le dix neuvième siècle, l’habitude de le fumer a probablement été importée d’Afrique au Brésil par les esclaves. Le chanvre est en effet présent depuis longtemps en Afrique où Livingstone l’avait rencontré sous une forme sauvage au Congo lors de ses explorations. Du Brésil, il gagna ensuite le Mexique puis les États-Unis. Les travailleurs mexicains qui, au début du siècle, traversaient la frontière vers les USA l’introduisirent au Texas. Dès 1937, le chanvre appelé par son nom mexicain marijuana, fut interdit aux États-Unis par le Marijuana Tax Act après d'hystériques campagnes de presse. Autorisée de nouveau pendant la guerre pour fournir des fibres, sa culture sera de nouveau interdite après guerre.
le tatouage (tatoo) son histoire
Publié par atoto57 dans un peu d'info Le texte ci-dessous est extrait d'un Mémoire de psychologie sociale (1999/2000) :
“Ne nous laissons pas perdre dans la confusion des temps :
[*] Ce "kakushibori", tatouage "caché" ou "négatif", suscite parfois bien des illusions chez les tatoués : Selon France Borel, dans son ouvrage "Le vêtement incarné", “la poudre de blanc de plomb qui servait à sa confection était particulièrement nocive, et c'est peut-être pourquoi il aurait disparu. Ce procédé fut si rarement employé que certains, comme le tatoueur Horibun Ier, le considèrent comme apocryphe, et l'on ignore toujours s'il s'agit d'un fantasme ou d'une réalité.”
La Chine
la vérité sur le cannabis
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